Le RGPD, contexte et réflexions

Règlement européen sur la protection des données

Rédigé par PASCALE - - Aucun commentaire

C'est un fait. On a utilisé l'outil informatique – et internet – comme des apprentis sorciers. On a permis aux entreprises de collecter sans vergogne des informations nous concernant. On s'est largement livré aux réseaux sociaux sans imaginer, au départ, l'usage que ceux-ci allaient faire de nos données. Il était temps de donner un cadre juridique harmonisé à l'activité de collecte de données. 

À l'époque de ce qu'on a appelé en Bourse "la bulle Internet", des investisseurs ont soutenu en nombre moult entreprises aujourd'hui disparues au motif qu'elle se positionnaient sur un créneau présumé porteur. Certes il l'était, mais la bulle Internet a ruiné au passage bon nombre d'épargnants.

Facebook est arrivé sur nos écrans en France tout doucement, vers 2009/2010. Les plus intrépides s'y sont très vite inscrits, les autres un peu plus tard, mais beaucoup ont livré tranquillement des informations que – disait un observateur – on n'aurait pas donné à un institut de sondage s'il nous l'avait demandé…

C'est toi le produit…

Quoi de plus normal qu'aujourd'hui on s'émeuve devant la somme incommensurable de données recueillies sur nous, non seulement par les GAFA (Google/Amazon/Facebook/Apple) mais aussi par nombre d'entreprises qui, peu à peu, ont accumulé les renseignements sur nous – les fameuses "Datas" – et s'en sont servi pour nous pister, traquer nos habitudes, surveiller nos déplacements, nos achats, nos préférences, notre vie sociale, amoureuse, familiale… À des fins publicitaires.

Nos boîtes mail sont emplies de sollicitations non désirées. Et que dire de nos lignes téléphoniques !
Que celui qui n'a jamais été sur-sollicité sur Internet, son ordinateur et maintenant son téléphone me jette la première clé USB…

On ne peut plus faire confiance aux informations, les Fake News sont partout. Les journaux ? Contraints de demeurer rentables, ils appâtent le chaland à coup de titres "Putaclic". 
Les gouvernements, s'en sont émus. Particulièrement après que certaines société sans (trop) de scrupules aient utilisé nos données pour influer sur le cours politique des choses, favorisant, dit-on, l'élection de tel dirigeant.

Fini de rire

Alors même que les Chinois utilisent l'intelligence artificielle pour suivre leurs concitoyens jusque dans la rue pour leur attribuer des notes selon qu'ils adoptent ou non le bon comportement, le monde occidental a brutalement pris conscience de la dangerosité de laisser des données accessibles à tout hacker mal intentionné – ou à toute entreprise (trop) bien intentionnée ce qui revient à peu près au même.

A lire : Le RGPD, règlement européen sur la protection des données (blog de Perspectives Communication)

Fini de rire, donc. Attention. En France comme dans tous les pays d'Europe, le RGPD débarque. À échéance du 25 mai 2018, toutes les entreprises devront s'être mises en conformité avec le règlement.

Facebook dans la ligne de mire

Facebook dans la ligne de mire
Parce que les internautes y ont livré sans discernement des informations personnelles les concernant – et continuent d'ailleurs de le faire – Facebook est devenu synonyme d'exploitation sauvage des données.

L'audience similaire

Parmi les différents dispositifs publicitaires sur Facebook il en existe un qui est (très) limite. 
Une entreprise désirant annoncer sur Facebook peut pouvait importer son fichier de données sur le réseau social, aux fins de déterminer ceux de leurs contacts qui possédaient un compte Facebook et ainsi les inclure dans une construction d'audience. De là, Facebook propose une "audience similaire", soit des profils non présents sur la liste fournie mais présentant des caractéristiques identiques. 

Certes, Facebook ne communique pas les fichiers ainsi construits à l'annonceur, mais il n'en demeure pas moins que, grâce à la bonne volonté de l'annonceur en question, le réseau social voit sa base de données s'enrichir de profils de personnes qui n'ont nullement demandé – et encore moins autorisé – à y figurer.

Cambridge Analytica

C'est ainsi que Facebook a permis que se réalise le rêve secret des plus grands dictateurs : profiler une masse critique de personnes et utiliser ces données à des fins politiques autant que commerciales. C'est le fond du scandale de Cambridge Analytica*.
* Filiale américaine de la société britannique de marketing ciblé SCL aujourd'hui en liquidation et dont le slogan était : "prévoir, comprendre, influencer"…  https://www.scl.com/

Le croisement des fichiers

Lorsqu'on considère le niveau de détail proposé par Facebook pour le montage d'un fichier publicitaire, on est en droit de se demander si le réseau social n'invente pas – ou ne déduit – certains paramètres. Par exemple, si l'on peut concevoir que Facebook connaisse des détails sur la sphère privée, familiale ou amoureuse de ses membres, on voit mal, en revanche, comment il peut estimer le salaire des internautes ou la valeur de leur patrimoine immobilier. La raison en est connue désormais. Facebook sous-traite aussi la récolte des données, réalisant ainsi ce qu'aucun gouvernement démocratique ne s'autorise à faire : le croisement des fichiers.

La fuite des données

Mais cela ne marchait pas que dans un sens. En donnant accès à ses données à diverses applications, Facebook permettait* à des tiers d'avoir accès à des informations qui n'auraient normalement pas dû sortir de son giron. 
*d'après Marc Zuckerberg, ce n'est plus le cas aujourd'hui…

C'est ainsi que Cambridge Analytica, sous couvert de recherche universitaire, a lancé une application "thisisyourdigitallife" qui proposait aux internautes, contre rémunération, de répondre à un test de personnalité. Et il fallait être inscrit sur Facebook ET sur les listes électorales américaines pour pouvoir y participer. 

À aucun moment, bien entendu, il n'a été précisé quelle était – ou pourrait être – la finalité de ce questionnaire.

Des données utilisées à des fins politiques

La société a pu ainsi récupérer les données d'environ 270 000 personnes ayant téléchargé cette application. Informations de leur compte Facebook (date de naissance, géolocalisation, goûts, opinions, contenus "likés", etc.), mais aussi celles leurs amis grâce à une fonctionnalité qui leur a permis de collecter également les données de leurs contacts sur Facebook. 

On estime de 30 à 50 millions le nombre d'utilisateurs dont les données ont été collectées sans leur autorisation – et sans même qu'ils le sachent. 76 personnes en France auraient répondu au test de Cambridge Analytica et ainsi permis l'aspiration des données d'environ 211 000 profils français. Pour voir si vos données ont été aspirées, c'est par ici…

Cambridge Analytica a été embauchée par l'équipe de campagne de Donald Trump. Les données recueillies auprès de près d'un quart des électeurs américains auraient permis d'influencer leur vote. Et ça, les américains, pourtant si friands de théories du complot, n'ont rien vu venir…

DERNIÈRE MINUTE : Mark Zuckerberg a avoué le chiffre de 87 millions d'abonnés Facebook dont les données ont été piratées. Mieux encore, à cause de la fonctionnalité qui permet à un utilisateur d'entrer en contact avec un autre en tapant simplement son e-mail ou son numéro de téléphone portable dans la barre de recherche, il a reconnu que, mécaniquement, c'était l'ensemble des utilisateurs qui se retrouvaient exposés au vol de données. Fonctionnalité aujourd'hui suspendue…

Pourquoi ça ne changera pas…

Marc Zuckerberg devant le congrès américain en avril 2018
Le co-fondateur et dirigeant de Facebook Marc Zuckerberg devant le congrès américain.

Plus de 98% des revenus de Facebook en 2017 (39Md$) proviennent de la pub. En clair : de la vente de nos profils à des annonceurs. Pour Facebook, accepter de limiter sa connaissance de ses 2,2Mds d'utilisateurs et/ou sa capacité à vendre leurs données, c'est menacer son existence même. 

Le scandale Cambridge Analytica va changer tout ça ? Pas sûr ! Le site Tech Crunch a identifié depuis la fondation du réseau à Harvard en 2004 et hors Cambridge Analytica, pas moins de 30 incidents majeurs en matière de protection des données privées des utilisateurs de Facebook. 

 

 

Pascale Varenne, conseil en communication et transition numériqueDigital communication manager de Perspectives Communication, éditeur et responsable éditorial du webmagazine Ma Plume 2.0, photo-reporter-rédactrice pour YakaWatch Photos Reportages, Pascale Varenne met en œuvre son savoir-faire rédactionnel, son expertise en SEO ainsi que ses compétences en communication digitale et organisation numérique pour optimiser la productivité des entreprises et leur visibilité sur Internet.

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